Les espérances planétariennes

Des réfugiés basques en plein XXIe siècle

« Un réfugié est une personne qui, étant en dehors de son pays, craint d’être persécutée, en cas de retour, à cause de sa nationalité, de sa religion, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, sans que les autorités de ce pays ne veuillent ou ne puissent la protéger de ces persécutions ». Voilà la définition d’Amnesty International dans laquelle le Collectif des réfugiés politiques basques (CRPB) se voit entièrement représenté, même si « c’est complètement paradoxal de parler de réfugiés au XXIe siècle en Europe ».

Cela fait des années que le CRPB a été créé pour donner une cohésion aux exilés basques et une certaine cohérence à leur message ; actuellement près de 2000 font toujours partie de ce collectif, mais ils ne sont plus éparpillés sur la surface de la planète, la grande majorité ayant décidé de rentrer au Pays Basque.

Certains sont partis à l’époque de la dictature et de la répression franquiste, d’autres pendant les années de plomb de la « guerre sale » de la Triple A, du BVE (Batallon Vasco-Espagnol) ou des GAL, d’autres plus récemment fuyant des tortures…

Plusieurs dizaines ont connu la déportation, via la France, dans des pays lointains tels que le Cap-Vert, l’Algérie, la République Dominicaine, le VenezuelaŠ D’autres ont été assignés à résidence par les autorités françaises dans tous les coins inimaginables de l’hexagone…

Mais la plupart d’entre eux ont décidé en 1995 de retourner au pays cassant les assignations et les déportations. « Ce fut un choix très réfléchi qui rentrait dans le cadre de la nouvelle logique lancée à l’époque par la gauche abertzale : la mise en pratique de la construction nationale », explique Xabier Perez Susperregi, porte-parole du collectif.

Petit à petit les assignations ont commencé à ne pas être respectées. Ensuite la même décision a été prise par les militants déportés. Ainsi, grand nombre de réfugiés sont rentrés au Pays Basque « pour participer en tant que citoyens basques au processus de construction nationale ». Ce retour a eu pour la plupart une limite géographique, la Bidassoa, la peur des tortures étant toujours présente.

Une longue histoire

Alors qu’aujourd’hui l’ONU célèbre la Journée mondiale des réfugiés, parler des réfugiés basques c’est parler des hommes et des femmes originaires du Pays Basque sud. Mais cette image n’a pas toujours été ainsi. Parce que ce peuple a toujours connu des réfugiés, des Basques qui traversaient les Pyrénées du nord vers le sud ou inversement, tous fuyant la guerre ou la répression : au XVIe siècle du temps de la bataille d’Amaiur, au XVIIIe siècle avec la déportation dans les Landes de villages entiers du Labourd par Napoléon, pendant les guerres Carlistes du XIXe siècle, au cours de la première guerre mondiale, pendant la guerre civile de 36, durant la répression de la dictature franquiste et du gouvernement de transition…

« Nous ne sommes pas tombés du ciel », affirme Xabier Perez Susperregi. « Nous sommes la preuve de l’existence d’un conflit qui perdure depuis des années, des siècles même ». Un conflit dont la racine principale est la « non-reconnaissance du Pays Basque comme une nation à part entière avec sa culture, sa langue et ses droits en tant que peuple ».

C’est cette non-reconnaissance qui est à l’origine de la non-attribution du statut de réfugié aux exilés basques. « Il y a une trentaine d’années, il y avait de la part des autorités françaises une certaine reconnaissance de notre situation à travers les statuts de réfugiés politiques. Mais cela ne les a pas empêchés d’arrêter et d’expulser grand nombre de militants. Trente ans plus tard il n’y a pas la moindre reconnaissance car le fait de nous accorder le statut de réfugié signifie la reconnaissance de l’existence d’un conflit ».

Trente ans plus tard, les expulsions et les remises continuent. « La France sait parfaitement que la torture est pratiquée en Espagne à des fins politiques, le rapporteur de l’ONU l’a constaté à maintes reprises », insiste Xabier Perez Susperregi. « Elle le sait, donc, et collabore consciemment dans cette stratégie », ajoute-t-il évoquant l’application presque immédiate des mandats d’arrêt européens (MAE). « La France est passée de maintenir une position de complicité criminelle à être protagoniste directe dans la répression ».

Le porte-parole du CRPB regrette que d’autres pays se soient mis à la chasse au réfugié. Le dernier cas, celui de Bittor Tejedor, arrêté au Canada. « Nous n’avons su qu’il avait été interpellé que douze jours après son arrestation. C’est un autre exemple, le dernier, de l’absence de défense que les membres de notre collectif subissent ».

Originaire de Bilbo, Bittor Tejedor avait vécu « pendant des années à Mendionde, au vu et au su de tout le monde », se rappelle l’ancien élu Hazpandar Xarlo Etxezaharreta. « Arrêté en Soule suite à la razzia de 1987, il avait été remis à la police espagnole et torturé ». « Libéré en 1990, je l’avais vu chez lui, à Bilbao, à sa sortie de prison… Il avait été férocement torturé lors de son arrestation, il avait beaucoup de mal à parler de cet épisode ; il avait peur de sortir dans la rue car il s’était rendu compte qu’il était suivi par des individus ’incontrôlés’ mais lui savait parfaitement qui ils étaient… », évoque Xarlo Etxezaharreta. « Il m’avait dit qu’il ne savait pas s’il pourrait continuer à vivre dans l’Etat espagnol dans ces conditions… »

La solution arrivera un jour

Quand cette situation changera-t-elle ? « Quand le conflit basque sera résolu », répond Xabier Perez Susperregi. D’ailleurs, l’une des raisons que le CRPB avait avancées pour décider du retour au Pays Basque des réfugiés fut leur participation à un processus de résolution du conflit. « Depuis, nous nous sommes investis dans toutes les tentatives de règlement, la dernière, l’Accord Démocratique de Base signé par une cinquantaine d’organisations sociales et syndicales du Pays Basque ».

« Nous avons réalisé notre contribution et ce n’est pas un hasard si notre représentant et signataire Eloy Uriarte a été arrêté par la France », dénonce le porte-parole du CRPB. Xabier Perez Susperregi regrette que « le PSOE et le PNV aient laissé passer une opportunité historique » pour atteindre la paix. Mais il reste optimiste. « Les perspectives sont dures en ce qui nous concerne, mais ce n’est pas nouveau pour nous. Pendant la période de cessez-le-feu, la persécution à notre encontre n’a pas du tout cessé et elle se poursuivra dans les prochaines années jusqu’à la résolution définitive du problème basque.

Une solution nécessaire, « parce que l’on ne peut pas se permettre de léguer ce conflit à nos enfants ». Une solution véritable, « car une fausse issue ne ferait que prolonger le conflit et cela personne n’en veut ». À l’occasion de cette journée mondiale des réfugiés, les exilés basques se disent prêts à travailler pour un Pays Basque libre et en paix, malgré les obstacles, malgré « les mesures répressives auxquelles nous sommes confrontés chaque jour ».

La précarité ne prend pas l’exil

Le collectif des réfugiés est très divers, « des personnes qui se sont réfugiées depuis très longtemps et des jeunes qui viennent d’arriver de peur d’être torturés », ce qui fait qu’il est impossible de dresser un profil. Mais, dans cette diversité il y a quand même un élément commun : la précarité. « Précarité sociale, de travail, de logement, précarité en ce qui concerne l’accès à la santé, aux crédits bancaires… Nous ne sommes pas considérés comme des réfugiés politiques, ni non plus comme des êtres humains, pour l’administration, on n’existe pas. La plupart d’entre nous sont sans défense, on est considérés comme des gens privés de droits », regrette Xabier Perez Susperregi.

Une situation de précarité qui s’étend à leurs familles. « Certains d’entre nous vivent de façon publique et nos proches peuvent nous contacter facilement, mais ce n’est pas le cas de tout le monde ». Et d’ajouter qu’il n’est pas évident de vivre dans l’incertitude de ce que l’avenir peut réserver à court et long termes : « on ne sait pas si l’on se réveillera chez nous, dans un commissariat français ou entre les mains de la police espagnole. On vit sous une épée de Damoclès ».

La vie pour eux n’est pas facile mais ils arrivent à s’en sortir en travaillant « au noir » et donc sans cotiser, mais surtout « grâce à la solidarité d’un grand nombre de personnes, que nous ne pour rons jamais remercier comme elles le méritent ».

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juin 25, 2007 - Posted by | 1-Anti-racisme et droit des peuples

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