Les espérances planétariennes

Aux anarchistes

Aux anarchistes. 

 

L’heure nous paraît venue de jeter dans la circulation un organe anarchiste. Peut-être nous trompons-nous.
Rompre tout à coup avec les idées reçues de l’humanité. Ne pas être l’opportuniste qui les suit, ni l’idéaliste qui batît dans  l’île de Salente ou dans le pays de l’utopie; vouloir se vivre et avoir l’orgueil de vouloir se vivre, non dans des caprices de fou névrosé, mais en se mettant d’accord avec les connaissances scientifiques actuelles, la meilleure hygiène, la meilleure économie, cela peut paraître encore une oeuvre prématurée.
Nous ne sommes pas des libertaires, des libérâtres. Un homme a dit : « La liberté de l’homme peut aller jusqu’où va sa puissance, ce qui ne veut pas dire qu’il y ait raison de le faire. »
C’est ce que nous pensons.
De tout côté, à tout moment, dans le « milieu révolutionnaire », on entend ces mots : « Je suis bien libre. » Libre de vider force verres d’alcool, libre de violenter son prochain, libre de travailler au-delà de ses propres forces ou d’abrutir son esprit; libre d’être fainéant, d’être policier ou d’être rentier si on en a la puissance ?
Il s’agit de savoir si cette liberté et cette puissance correspondent avec le plus grand développement de l’individualité humaine.
Nous ne voulons pas diminuer la liberté des individus puisque nous travaillons au contraire à augmenter sa faculté de puissance, mais nous voulons quà tout moment l’homme soit maître de lui, soit de force à envisager la minute présente et les minutes à venir.
Nous désirons que l’homme se considère comme une machine dont il doit retirer le maximum de travail, c’est-à-dire de jouissance. Qu’on le sache bien, le cheminot qui pousse sa machine pour arriver à l’étape fait son derbier voyage.
Que les hommes aient la liberté de tout faire mais qu’ils sachent où les conduit chaque liberté et que seulement après pesé le pour et le contre, ils se décident à agir.
Traçons dans notre cerveau, en lignes assez précices, non définitives pourtant, le croquis de l’existence que nous voulons vivre et entrons en lutte immédiate avec les forces adverses.
Disons-nous bien que détruire la Bastille est oeuvre médiocre, si l’on conserve en soi l’idée de vindicte qui la fera reconstruire, style moderne pourtant; que l’autorité qui émane d’un seul n’est pas plus dangereuse que celle qui émane d’une bourgeoisie ou d’une démocratie. La monarchie ou la république sont pour nous des gouvernements équivalents. La liberté d’un peuple est l’échelle qui montre la mentalité des individus qui le composent et non pas la forme de l’Etat.
La lutte que nous entreprenons depuis l’origine est une lutte contre les individus, ce n’est pas contre le gouvernement ou les élus que nous luttons, c’est puéril, c’est contre les électeurs; ainsi procéderons-nous dans tout ordre l’idée.
Oui, c’est contre le mouton, le mouton de Panurge, que nous nous tournons, contre l’homme qui vote, qui se syndique, qui se marie; dont tous les pas, tous les gestes sont tracés, non par son expérience, ni même celle de ses amis ou d’individus ayant des intérêts en parallèle, mais par l’autorité religieuse, patronale, syndicale, gouvernementale, c’est-à-dire par la synthèse de leur ignorance particulière.
Nous sommes anarchistes, c’est-à-dire contre toute forme d’autorité subjective, d’où qu’elle vienne, et nous ne supportons l’autorité objective qu’à notre corps défendant.
L’idée de dieu, d’honneur, de patrie, les lois, les réglements sont des autorités subjectives, c’est l’ignorance, en leur portant la force des peuples, qui les rend objectives, c’est donc contre elles que nous lutterons.
Aujourd’hui et non demain, à la minute présente, se forme un monde anarchiste, composé d’individus qui n’obéissent qu’à la force objective.
On a laissé courir ce lieu commun : « Il n’y a que les anarchistes qui sont morts pour la cause qui l’étaient véritablement. » Il y a ceux qui vivent, ceux qui veulent vivre encore et plus, en lutte pour le plus grand développement de leur individualité.
Les réformistes, les socialistes, les révolutionnaires avant tout, les opportunistes, les idéalistes, les briseurs de mur à coup de tête, n’aurons pas place ici.
Cette feuille désire être le point de contact entre ceux qui, à travers le monde, vivent en anarchistes, sous la seule autorité de l’espérience et du libre examen.

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juin 12, 2007 - Posted by | 3-Histoire et théorie anarchiste

Un commentaire »

  1. A mon sens et après quelques réflexions, l’anarchiste est un humaniste, qui croit en l’intelligence de chacun : chaque être est assez intelligent pour vivre sereinement en société sans qu’on ait besoin de lui dicter la marche à suivre. Plus j’avance dans la vie et plus j’essaie d’agir en conscience, en essayant de ne pas avoir une conduite dictée par de l’arbitraire.
    Et merci d’être passé sur mon site, j’avais quelque peu délaissé mon blog car besoin de réfléchir en live… Ton site est intéressant, je reviendrai!

    Commentaire par Morgane | juillet 30, 2007 | Répondre


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