Les espérances planétariennes

Au Burundi, des lacs qui s’assèchent et des forêts décimées

 

La déforestation a conduit à la diminution d’une grande partie des ressources naturelles, et cette destruction est à l’origine des changements climatiques subis par le Burundi. Aujourd’hui, le niveau du lac Tanganyka baisse d’année en année, et les responsables s’inquiètent d’une future pénurie d’eau.

IRIN, (ONU), 7 juin 2007

(Extraits)

Jean-Marie Sabushimike de l’Université du Burundi a réalisé un film illustrant les problèmes environnementaux auxquels est confronté ce petit pays d’Afrique centrale, qui compte quelque huit millions d’habitants.

La destruction de l’écosystème naturel de la forêt de Kibira – la plus grande du pays – a notamment contribué au réchauffement climatique et à ses conséquences nuisibles dans le pays, à en croire M. Sabushimike.

Cela a par la suite mené à la dégradation des terres agricoles, en raison de l’utilisation intensive des sols dans de nombreuses régions.

L’autre préoccupation majeure liée à l’environnement est la dégradation des marais et des lacs, causée par les conditions climatiques défavorables, observées dans ces régions. En effet, la sécheresse et la désertification ont provoqué une chute radicale des niveaux de l’eau des lacs et l’assèchement des marais.

L’exploitation minière a également contribué à la destruction de l’environnement, selon M. Sabushimike.

Toutes ces dégradations environnementales ont provoqué une augmentation de la pauvreté, surtout au sein des communautés rurales ; une insécurité alimentaire, engendrée par de mauvaises pratiques agricoles ; une diminution croissante des ressources hydrauliques et une réduction des activités dans les secteurs agricole, forestier, énergétique et sanitaire.

(GIF)

Au lac Tanganyika

Selon M. Mbonerane, , ancien ministre de l’Environnement, bien que le lac Tanganyika, le plus grand cours d’eau du pays, sur les rives duquel se dresse la capitale, ne fasse pas partie des lacs du bassin du Nil, son état préoccupe le NBD. En effet, la baisse du niveau de ses eaux a eu un effet indirect sur d’autres lacs, plus petits, du pays, qui se situent dans le bassin du Nil.

« Il est évident que le niveau de l’eau du lac Tanganyika baisse d’année en année », a-t-il déclaré. La baisse du niveau des eaux du lac a mené à une augmentation de l’évaporation, en raison des changements climatiques défavorables, de l’approfondissement du Lukuga, un fleuve situé en République démocratique du Congo (RDC) dans lequel plusieurs marais alimentant le lac ont déversé leurs eaux et de l’absence de structures de protection sur les flancs des collines, qui permet au sol érodé de glisser dans le lac et de le remplir.

La baisse du niveau des eaux a également été causée par la réduction du débit d’eau déversé dans le lac par les rivières. « Auparavant, certaines rivières déversaient leurs eaux dans le lac toute l’année, mais depuis, certaines sont devenues saisonnières, le débit d’eau déversé dans le lac n’est donc pas aussi régulier qu’avant », a déclaré M. Mbonerane.

Les activités agricoles non-réglementées entreprises près des rives du lac ont également contribué au rétrécissement de sa surface, ainsi qu’à la baisse du niveau de l’eau.

« Auparavant, une zone tampon séparait le lac du reste des terres où les activités humaines pouvaient être entreprises ; ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, les terres sont cultivées jusque sur les rives du lac », a-t-il déploré.

Lorsqu’il pleut, tout le sol érodé provenant des terres cultivables environnantes finit dans le lac, ce qui contribue d’autant plus à faire baisser le niveau des eaux.

Des risques annoncés

Dans les années à venir, le problème du manque d’eau pourrait provoquer des guerres dans la région, s’inquiète M. Mbonerane. « Pouvez-vous imaginer un jour sans eau ? C’est pour cette raison que les pays qui ont une influence directe sur le Nil se sont unis pour entreprendre des projets nationaux et transnationaux qui, nous l’espérons, permettront d’éviter les conflits liés aux ressources hydrauliques ».

Chaque fois que l’un des 10 pays – le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la RDC, l’Ethiopie, le Soudan, l’Egypte et l’Erythrée (qui participe en tant qu’observateur) – met en place un projet hydraulique qui touche le Nil, une analyse d’impact est réalisée et chaque pays est consulté.

Le projet Kagera, par exemple, concerne l’utilisation des ressources hydrauliques du fleuve Kagera, en Tanzanie. Le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie participent au projet, puisqu’ils se partagent les ressources de ce fleuve.

Au Burundi, cinq lacs – les lacs Cohoha, Rweru, Rwihinda, Kanzigire et Gacamirinda – se situent dans le bassin du Nil ; la plupart d’entre eux se trouvent dans la province de Kirundo, dans le nord.

« Tous ces lacs ont un gros problème », a expliqué M. Mbonerane. « Au cours des quelque 10 dernières années, la région a connu la sécheresse et une désertification croissante qui ont amené la population à devoir cultiver des terres plus proches des lacs pour avoir de l’eau. Cela a provoqué une réduction considérable de la surface des lacs ».

Le lac Cohoha apparaît dans le documentaire de M. Sabushimike. Il s’agit du plus grand lac, et du plus menacé par les changements climatiques.

« Aucune rivière ne se jette plus dans ces lacs ; leurs eaux proviennent au contraire de sources souterraines », a expliqué M. Mbonerane. « L’évaporation et la culture des terres qui entourent ces lacs ont mis en péril la biodiversité de la région. Au lac Cohoha, la destruction a même provoqué une diminution considérable du nombre d’oiseaux qui peuplaient auparavant les diverses îles du lac ».

La sensibilisation des populations à la conservation de l’environnement et à l’importance du développement durable est la seule solution, si l’on veut réparer les conséquences des changements climatiques au Burundi, a estimé M. Mbonerane.

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juin 10, 2007 - Posted by | Burundi

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