Les espérances planétariennes

Expulsions : l’agent ne fait pas le bonheur

Avis à la population sanspapière. N’écoutez pas les mauvais esprits qui disent du mal des fonctionnaires. Certains sont très bien, zélés, efficaces, n’écoutant que leur devoir, n’écourtant que votre séjour.

Méfiez-vous de l’agent des services publics qui ne cacherait rien derrière son sourire ou son comptoir. Comportement suspect. Au moins, ceux qui mettent leur naturel flicard au service des quotas de reconduites à la frontière trouvent un équilibre entre pulsion et expulsion, comme le montrent ces exemples à la préfecture et à l’hôpital de Nantes.

 

  Nul n’est préfet. Je vous en prie, prenez donc un siège.

Battements de zèle à la préfecture. Une fonctionnaire du bureau des étrangers manie le chaud et froid, dissuade, menace. Vive la France

Il y a des bureaux dont on ressort euphorique, ou détruit. Une fonctionnaire du bureau des étrangers de la préfecture de Nantes pratique le zèle avec zèle. Le collectif Enfants étrangers citoyens solidaires, les marraines et parrains d’enfants sans papiers qui accompagnent les familles pour leurs démarches en ont fait plusieurs fois l’expérience.
Fin août, cette spécialiste des abus de petit-pouvoir reçoit une famille d’origine angolaise, déboutée de toutes ses demandes, venue récupérer un justificatif. Méfiant, le collectif s’est préalablement assuré par téléphone que la fonctionnaire n’entreprendrait rien contre cette famille, ne transformant pas le rendez-vous en interpellation. La famille en est pourtant ressortie terrorisée. «Elle n’a pas mâché ses mots, presque insultante, disant qu’elle ne veut plus la voir en préfecture, qu’elle avait promis qu’il n’y aurait pas d’arrestation aujourd’hui mais que à l’avenir cela ne serait pas comme ça», relate la marraine des enfants sans papiers qui l’a accompagnée dans le bureau. Un couple de Comoriens a aussi pu mesurer la gentillesse de la même prépozélée : quand le mari présente son acte de naissance, la fonctionnaire, à qui on ne la fait pas, prétend sèchement que ce n’est pas l’original. Et pourtant si.

Prépozélée récidiviste

Autre exemple avec une famille africaine convoquée dans ce même bureau. On s’est préparé, bien habillé, on a appris ses leçons. L’agente de l’État se montre extrêmement chaleureuse, félicite les enfants pour leurs bons résultats scolaires, leur pose «pour la forme» quelques questions obligatoires, par exemple quel est le rôle du conseil général… Question qui, au passage, collerait pas mal de bons petits Français et des grands. Tout va très bien : le dossier de la famille ne pose pas de problème. Pour recevoir l’avis, garanti favorable, il faut juste donner l’adresse personnelle actuelle de la famille. Jusque-là, par précaution, elle utilisait une boîte aux lettres amie. Dans ce climat de confiance, de gentillesse et devant l’assurance donnée, la maman remplit les documents. La dame de la préfecture salue chaleureusement tout le monde, embrasse les enfants et leur souhaite la «bienvenue en France». L’émotion est à son comble, la famille et sa marraine en tremblent de joie. Pour fêter ça, on déjeune au restaurant ! Deux jours plus tard, l’arrêté d’expulsion arrive à l’adresse naïvement indiquée… La maman, abasourdie, veut aller revoir la gentille dame. Il s’agit certainement d’une erreur. Ses amis l’en dissuadent, de crainte d’une arrestation immédiate. Contactée, la gentille fée de la préfecture s’est transformée en employée distante, froide : «Je n’y peux rien, la décision relève du préfet».
Le sous-secrétariat aux comparaisons historiques hasardeuses nous signale qu’il serait très mal venu de faire un parallèle avec les fonctionnaires de Vichy, une ville qui ne mérite d’ailleurs pas cet opprobre.

 

L’accueil la cueille. Expulsion sur ordonnance

Selon les huiles de l’hosto, les blouses blanches doivent obéir aux tuniques bleues. Pour jeter les patients noirs hors des frontières.

Sans-papiers ? Elle tenait pourtant une ordonnance médicale à la main. Ce qui n’a pas empêché Nicole Masese d’être cueillie à la porte des urgences par la PAF, la police de l’air et des frontières qui la pistait mais n’avait pas envie de poireauter le temps des soins. La police a donc été avertie à temps par un agent de l’hosto. Paraît que la police leur met la pression. L’indic est apparemment couvert par le directeur de garde aux urgences, selon la CFDT. Au collectif Enfants étrangers citoyens solidaires qui a rencontré cette jeune congolaise quelques jours plus tôt, on l’a sentie «visiblement traquée, serrée de près par la PAF, assignée à résidence avec contrôle téléphonique quotidien depuis au moins deux semaines. Elle a dû signer un document éntérinant l’expulsion, mais quel choix avait-elle réellement ? Elle ne cessait de répéter qu’elle ne voulait pas retomber dans le réseau de prostitution qu’elle avait fui en s’échappant des Pays-Bas.»
Le 20 octobre, un peu après minuit, Nicole Masese a donc été arrêtée à la porte des urgences et collée quelques heures plus tard dans un avion avec son fils Arnold, 6 ans, jusqu’ici scolarisé dans une école de Saint-Sébastien. Elle peut remercier l’agent hospitalier qui a prévenu la PAF. Grâce à ce brave français, la jeune Congolaise s’est fait offrir un voyage en avion vers Amsterdam, puisqu’elle a effectivement fait sa première demande de droit d’asile en Hollande. Mais depuis, elle s’était réfugiée en France pour échapper au trottoir. La préfecture, la direction de l’hôpital et la CFDT prétendent qu’il ne s’agit aucunement de délation. La preuve : cette patiente était «consentante». En fait, la PAF vérifiait tous les jours qu’elle ne quittait pas l’hôtel où elle était assignée à résidence, et l’avait avertie de cette expulsion imminente. C’est d’ailleurs ce qui la stressait au point de rien manger, et de finir à l’hosto après avoir vomi tout vert et craché tout rouge du sang. Dans ces conditions d’épuisement physique et moral, le prétendu «consentement» ressemble bien à une résignation paniquée. Depuis, la maman d’Arnold galère avec son petit à Maastricht. Sans issue.
Côté hosto, fallait-il prévenir la police qui n’a pas envie de patienter le temps des examens et des soins ? Le personnel hospitalier n’a aucune directive à ce sujet, aucune obligation légale ni administrative, mais le directeur général adjoint de l’hôpital fait savoir que, «s’il y a un ordre de la police, on doit obéir». Si la CFDT ne trouve rien à redire, les autres syndicats, les Verts et un paquet de citoyens outrés ont fortement protesté. Au plan national, après un cas similaire à Marseille, l’association des médecins urgentistes présidée par Patrick Pelloux s’est dite «scandalisée par la tournure que prennent les dénonciations de malades sans papiers dans les hôpitaux et leurs arrestations». Faut pas se lamenter : l’hosto n’est pas équipé de wagons plombés. D’ailleurs, le plomb, c’est mauvais pour la santé.

 

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juin 4, 2007 - Posted by | 1-Anti-racisme et droit des peuples, 3-Histoire et théorie anarchiste, France

Un commentaire »

  1. je trouve que ce sujet est trés faibl éssayées de trouvés des arguments pour nous convancre plus et merci pour vous.

    Commentaire par basmat lhob | décembre 26, 2007 | Répondre


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