Les espérances planétariennes

Cindy Sheehan jette l’éponge, l’opposition antiguerre affaiblie

La « peace mom » (« mère pacifique ») américaine,  entrée  en dissidence après avoir perdu son fils en Irak, et devenue l’égérie du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis, veut prendre du recul. Dans une interview à la télévision publique américaine PBS, elle revient sur sa décision, annoncée cette semaine, de « rentrer chez elle », et d’abandonner son combat.

 

Cindy Sheehan jette l’éponge, dégoûtée par la décision des démocrates d’accorder à l’administration Bush l’argent demandé pour poursuivre la guerre en Irak. Ecoeurée aussi par l’opinion publique d’un pays « qui pense plus » au vainqueur du show télé American Idol qu’à ses fils qui meurent en Irak. Découragée, enfin, par des militants de la paix plus soucieux de leurs égos que de la cause qu’ils sont censés défendre.

 

Un réquisitoire accablant de la part de celle qui s’est plongée corps et âme dans ce combat après la mort de son fils, tué dans une embuscade à Bagdad. Cindy Sheehan a campé devant la résidence des Bush, protesté aux Etats-Unis et dans le monde entier, parlé à la télé, écrit un livre… Au passage, elle a aussi perdu son mari qui a divorcé, et s’est aliéné le reste de sa famille. C’est beaucoup pour une seule personne.

 

Cindy Sheehan prend du recul pour reconstruire sa vie. Mais qu’en est-il du mouvement anti-guerre ? Paradoxalement, le coup d’éclat de la « peace mom » fait d’autant plus de bruit qu’on n’entend pas grand chose du côté de l’opposition. Et pourtant, le mois de mai a été le plus meurtrier pour l’armée américaine depuis 2004. Il suffisait de lire, récemment dans le New York Times, des reportages avec les troupes qui étaient à la recherche d’un des leurs disparus (et finalement retrouvé mort) pour y voir des réminiscence de scènes du Vietnam, d’une guerre sans victoire possible, d’une perte de sens et de repères.

 

Au même moment, l’administration Bush annonce qu’elle envisage une présence militaire à long terme en Irak, établissant elle-même un parallèle avec la Corée du sud, où les GIs sont encore présents un demi-siècle après la fin de la guerre de Corée.

 

La difficulté des opposants tient sans doute à l’incapacité totale des démocrates à incarner une véritable alternative à la stratégie actuelle en Irak, et à la proximité de la campagne pour l’élection présidentielle de 2008 qui, aiguisant les appétits, diminue la capacité à proposer des solutions radicales, de peur de se voir accuser d’être antipatriotique, voire de « traître ». Cindy Sheehan a incarné un moment de cette opposition à la guerre. Aujourd’hui, avec la perspective électorale qui s’approche, qui va incarner une autre politique?

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juin 4, 2007 - Posted by | 5-Répression, 6-Résistances, USA

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